Quand j'étais petite, ma grand-mère paternelle mitonnait des petits plats que je trouvais délicieux, non pas parce qu'ils étaient extraordinaires ou très élaborés mais parce qu'ils avaient un goût inimitable. Quand elle nous servait de la purée (maison), ce n'était jamais pareil qu'à la maison, où l'on mangeait pourtant aussi de la purée maison (enfin, la plupart du temps). Le riz de ma mamie (de mes mamies, d'ailleurs, devrais-je dire) était merveilleux, fondant, crémeux, sans que j'aie jamais réussi à savoir ce qu'elle(s) mettait(en) t dedans qui lui donnait ce goût si particulier.
Je pense, après coup, que la saveur inimitable des plats du quotidien de ma grand-mère venait du fait qu'ils mijotaient des heures, sur un coin du fourneau. Quand je descendais petit-déjeuner, vers 9h, elle préparait déjà le repas de midi (pris à midi tapantes) et les gamelles restaient toute la matinée sur le fourneau qui ronflait gentiment dans son coin, diffusant leurs effluves dans toute la maison et aiguisant notre appétit jusqu'à l'heure du repas...
Certains mets me font penser à ma mamie parce qu'il n'y a qu'elle qui les faisait comme ça et que, malgré bien des tentatives de lui soutirer des recettes ou de l'égaler (après sa disparition), nous n'avons jamais plus retrouvé le goût de sa cuisine. Il y avait le "gâteau sec", sorte de tarte au sucre sèche, que nous mangions le soir de Noël, au retour de la Messe de Minuit (pas de réveillon de Noël, chez nous), le riz qui ressemblait plus à du risotto, la salade cuite (que je détestais, je n'ai jamais cherché à retrouver ce goût-là!), les bugnes (appelées rissoles, mais ça se prononçait rizoles), le gibier, fruit de la chasse de mon père et de mon grand-père (surtout le faisan, dont nous retirions les plombs pour les laisser sur le bord de l'assiette) et le gratin de courge sucrée.
Le gratin de courge sucrée, je me souviens avoir adoré mais après intense réflexion, je ne me souviens plus si nous le mangions chaud ou froid. Il n'y a que chez ma mamie que j'en ai mangé, ça, en revanche, j'en suis sûre ! Je pense que nous le dégustions tiède...
Samedi, en achetant de la courge au marché, je ne sais pas pourquoi mais je me suis souvenue du gratin sucré et j'ai décidé d'en faire, malgré la grimace des Moustiques. J'ai cherché sur Internet des recettes, histoire de voir s'il y avait un ingrédient secret à ajouter à une traditionnelle recette de gratin, à part le sucre mais je n'ai rien trouvé de concluant. J'ai donc concocté ma recette, au pif.
1 kg de courge cuite à la vapeur et écrasée
1 briquette de soja cuisine (parce que j'en avais un qui était trop sucré pour l'utiliser dans une quiche)
3 oeufs
du sucre roux (un peu, comme aurait dit ma grand-mère, qui ne pesait jamais rien)
un petit peu de cannelle en poudre (une pincée)
J'ai mis mon gratin dans des plats à crème brûlée et d'ailleurs, après passage au four puis refroidissement, je les ai brûlés avec un peu de beurre, de sucre, une plaque en fonte rougie au feu et pschiiiiiiittttt....
C'était bon, aussi bon qu'une crème brûlée, mais je n'ai évidemment pas retrouvé le goût ni même la texture du gratin de courge sucrée de ma grand-mère... Tiède, sûrement et plus crémeux. Il va falloir que je fasse une nouvelle tentative mais je crains que ce ne soit désespéré... Mais Fiston a aimé, contre toute attente ! ;-)